• PILLAGE DES RICHESSES PAR L'ETAT

     

    À Kinshasa, le pillage des richesses par l’État continue

     

    Dans un rapport, l’ONG Global Witness affirme qu’au moins 750 millions de dollars de taxes ont été détournés du Trésor public.

    CONGO Le constat a été fait des centaines de fois. Le Congo possède un sous-sol scandaleusement riche, mais le pays est scandaleusement pauvre. Dans «Le distributeur de billets du régime», un rapport publié récemment, Global Witness explique comme un rien ce paradoxe de la République démocratique du Congo (RDC). L’ONG a étudié de près les revenus miniers du pays et affirme qu’entre 2013 et 2015 au moins 750 millions de dollars de taxes n’ont jamais atteint les caisses de l’État. «Personne ne sait à quoi sert cet argent », peut-on y lire.

    En décortiquant les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), Global Witness a identifié comme origine de cette évaporation - représentant 30 % à 40 % des revenus miniers - de multiples petits organismes de collectes de taxes «au fonctionnement obscur» et surtout la Gécamines.

    L’entreprise publique, fondée en 1960 à l’heure de l’indépendance, est depuis toujours la vache à lait du régime. Mobutu l’a tant pillée qu’au milieu des années 1990 la Gécamines s’était purement et simplement effondrée. Elle fut certes remontée dans les années 2000, toujours sous le contrôle total de l’État, mais elle ne sert depuis que de structure pour recevoir les dividendes versés par des sociétés privées européennes ou chinoises. Reste qu’une « infime partie » des 100 millions de dollars ainsi touchés est versée au Trésor public.

     

     L’entreprise ne se rattrape pas via l’impôt. Elle n’a versé que 20 millions de dollars en 2015, ne contribuant « qu’à 0,3 % au budget de l’État». Malgré cela, la Gécamines va très mal, peinant même à payer ses employés qui accumulent les arriérés de salaires. Selon l’ONG, les difficultés sont liées à «son dirigeant corrompu (…) qui s’accroche au pouvoir». Une mise en cause très claire du directeur, Albert Yuma, un proche du président Kabila nommé en 2010 et considéré comme l’un des financiers du régime. «Un cadre de la Gécamines a déclaré que sous Yuma les richesses de la Gécamines ont été captées par un petit groupe d’oligarques », souligne encore le rapport.

     

    Casse permanent

     

    Lundi, le ministre des Mines, Martin Kabwe Lulu, a réfuté les accusations : « L’interprétation est apparemment très orientée (…). Il y a plusieurs données qui ont une connotation politique. »

    Son démenti ne portera sans doute que peu. Les caisses congolaises sont toujours vides, alors que pour la première fois le seuil du million de tonnes de cuivre extrait a été atteint en 2015 et que les prix du cobalt, indispensable à l’industrie informatique et aux batteries, s’envolent. Or, la RDC, premier producteur mondial de cuivre, dispose de 60 % des réserves de cobalt de la planète. Le marché minier au Congo pesait 10 milliards de dollars en 2016.

    Car les déprédations ne s’arrêtent pas là. Le détournement des taxes n’est que la queue de comète. En 2013, dans une précédente étude, l’ONG avait démontré que la RDC perdait bien plus en amont. Plus de 1,3 milliard de dollars ont, par exemple, disparu lors de la signature de cinq contrats miniers entre 2010 et 2012. L’argent volé a été caché au travers d’une myriade de sociétés offshore dans des paradis fiscaux. Au coeur de ce système, l’ONG avait pointé du doigt le rôle de Dan Gertler, un milliardaire israélien très proche de Joseph Kabila. Le président et les siens ont largement profité de ce casse permanent. D’après une enquête fouillée de Bloomberg, la famille possède une fortune de plusieurs centaines de millions de dollars et pas moins de 120 permis miniers. Cette corruption effrénée et la chute sans fin du niveau de vie des Congolais ne font qu’attiser la crise politique et le risque de violences, nés du maintien au pouvoir de Joseph Kabila, dont le mandat s’est pourtant terminé en décembre.

     

    source : Le Figaro(26 Jul 2017) 

     

     


    6 commentaires
  • c'est Noël!!!

    Noël à Nkamba

       "Peloton à l’honneur! À gauche, gauche!" Les cantiques de louange qui ont résonné pendant plusieurs heures dans l’immense temple de Nkamba ont fait place à une musique plus militaire et la foule des fidèles vient présenter les honneurs au Saint-Esprit lui-même.

    En ce jeudi 25 mai, les kimbanguistes fêtent Noël. Dans leur uniforme blanc et vert, les membres du Mouvement social et de surveillance kimbanguiste (MSSK) défilent devant leur Dieu réincarné en un sexagénaire congolais replet, Simon Kimbangu Kiangani, vêtu pour l’occasion d’un costume africain uni bleu sombre.

    Nul n’est trop jeune pour défiler. Succédant à ses aînés, un gamin haut comme trois pommes, jambes à l’équerre et le regard altier, effectue un salut impeccable, suivi par quatre garçonnets moins assurés.

    Après le MSSK, ce sont tous les "mouvements" des fidèles (anciens, femmes, enseignants, secouristes, scouts…) qui vont défiler sur l’esplanade du temple pavoisée de vert et blanc, et baignée par un soleil généreux au son entêtant d’une fanfare de cuivres, puis de flûtes.

    Au total, ils sont environ 4.000 à s’être réunis en République démocratique du Congo, sur la colline sainte de Nkamba, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Kinshasa.

    Berceau du kimbanguisme, Nkamba est le lieu de naissance de Simon Kimbangu, fondateur de cette religion née au XXe siècle dans ce qui était alors le Congo belge et qui, selon un de ses dirigeants, apporte au monde le véritable message de la révélation divine "voilé" en partie par Jésus-Christ, en qui les Kimbanguistes reconnaissent le sauveur de l’humanité.

    - Chaussures interdites -

    Pendant que l’on défile, une trentaine de "papas" (anciens) apporte en offrande une vache bringuebalée sur un brancard de fortune. Mais l’animal est trop lourd pour leurs bras fatigués. Il finit par être abandonné au sol les pieds entravés, muet, tandis que la joyeuse procession continue.

    Deux bassines en ferraille posées sur des tabourets en bois recueillent les dons des fidèles. La plupart lâchent des billets (l’équivalent d’un dollar ou moins, ce qui est déjà une somme pour bien des Congolais), mais plusieurs déposent des blocs de chikwangue (pâte de manioc fermentée). On donne selon ses moyens: une famille arrive avec des paquets de spaghettis.

    Un homme apparemment déséquilibré sort des rangs, le bras levé en direction de la tribune ombragée du Saint-Esprit. Rapidement maîtrisé, il disparaît escorté par des "surveillants" blanc et vert sans que les instruments s’interrompent. Ruffin Asumbe, président général du MSSK n’est guère impressionné. Les incidents de ce genre, "c’est fréquent", dit-il à l’AFP: on "isole" un temps les trouble-fêtes et on les relâche.

    Les kimbanguistes adorent aujourd’hui en leur fondateur l’Esprit-Saint, et en ses trois fils l'incarnation ou la réincarnation des trois personnes de la Trinité chrétienne.

    Petit-fils du prophète de Nkamba, leur "chef spirituel et représentant légal" actuel, "Papa" Simon Kimbangu Kiangani, est lui-même la deuxième réincarnation du Saint-Esprit, et la Ville sainte de Nkamba, la "Nouvelle Jérusalem", ou l’on déambule pieds nus ou en chaussettes, le port de chaussures y étant proscrit, sauf pour les soldats congolais commis à la garde du Dieu vivant et de sa famille.

    - Date véritable -

    C’est en l’an 2000 que les kimbanguistes ont cessé de célébrer Noël le 25 décembre.

    Cette année-là, Salomon Dialungana Kiangani, Christ réincarné, né officiellement le 25 mai 1916, a "révélé" la "véritable date de la naissance de Jésus Fils de Dieu".

    Ce "don de la date" a été rappelé à plusieurs reprises aux fidèles pendant la cérémonie religieuse de près de six heures ayant précédé les défilés, en l’absence –physique– du Saint-Esprit, parti s'enregistrer le matin dans un bureau de vote des environs en vue d’élections encore incertaines.

    Venu de Belgique, Freddy-Mafu Kayita, trentenaire, n’est arrivé que depuis quelques heures à Nkamba, mais il est déjà conquis. Né et élevé en Allemagne dans une famille catholique avant d'entamer un chemin de conversion il y a une dizaine d’années, il est "satisfait" d’avoir trouvé ici "la confirmation" du résultat de ses "recherches", notamment sur les souffrances de la "race noire".

    "Adam et Ève étaient Noirs", dit-il, et les Africains subissent les effets de leur déchéance et de la colère divine provoquée par leur "péché envers Dieu", mais l’Église kimbanguiste "veut sortir la race noire de cette malédiction, pour lui rendre sa souveraineté perdue".

    Source :AFP

     

     


    8 commentaires
  • Ces rebelles mystiques qui défient Kinshasa

     

    Ces rebelles mystiques qui défient Kinshasa

     

     

    C’est l’une de ces petites guerres sales dont la République démocratique du Congo (RDC) semble être une éternelle matrice. Un conflit vicieux, sans bons ni méchants, qui ravage depuis près d’un an les Kasaï, des provinces du centre du pays jusque-là calmes. Il n’épargne personne. Lundi, les corps de deux experts de l’ONU ont été découverts dans des tombes improvisées. L’Américain Michael Sharp, 34 ans, et la Suédoise Zaida Catalan, 37 ans, avaient été enlevés le 12 mars en même temps que leurs quatre accompagnateurs congolais alors qu’ils tentaient de dénouer les fils de cette guérilla mal connue. La jeune femme a été décapitée. Les dépouilles des assistants congolais n’ont pas été retrouvées.

    Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a exigé des autorités congolaises«qu’elles conduisent une enquête complète ». « Cela risque d’être compliqué, car les suspects sont nombreux, dans les deux camps », souligne un membre de l’ONU. L’ampleur des violences est apparue ces derniers mois. L’existence de fosses communes, d’abord niée par le gouvernement de Kinshasa, a été reconnue début mars. On compterait au moins 14 charniers, mais des spécialistes évoquent des « dizaines » de sites, des allégations sur lesquelles travaillaient précisément les deux experts assassinés. En parallèle, des vidéos faisaient surface sur Internet, montrant des soldats des Forces armées congolaises (FARDC) tirant à bout portant sur ces civils en fuite, dont des femmes, les traitant « d’animaux » et s’encourageant à les abattre. D’abord taxés de « faux » par les autorités, ces films ont été analysés et sept soldats congolais ont finalement été arrêtés. Les bandes, comme les charniers, proviennent de Dibaya, coeur de la révolte de Kamwina Nsapu.

    Ce chef coutumier, mystique et charismatique, âgé d’une cinquantaine d’années, a défié Kinshasa après une tentative du pouvoir de contrôler les institutions tribales. Kamwina Nsapu, de son vrai nom Jean-Pierre Mpandi, se cabre, refuse de reconnaître les autorités locales et nationales. Il enflamme ses partisans dans des discours virulents. La querelle s’envenime malgré les tentatives de médiation. Elle plonge dans le sang après avril 2016 et une perquisition dans la maison du Kamwina Nsapu. Des affrontements armés éclatent. Kamwina Nsapu est tué en août. Sans rien calmer, au contraire.

     

    « Les miliciens sont dans leur majorité des mineurs »

     

    Les miliciens, le plus souvent équipés d’armes blanches, parfois de fusils artisanaux ou de kalachnikovs, s’en prennent plus encore aux symboles de l’État, aux militaires et aux policiers. La répression est féroce. Selon l’ONU, on compterait 400 morts, mais ce chiffre est certainement très sous-estimé.

    Dans les forêts denses de la région, la guerre se propage à l’abri des regards. L’ONU accuse les rebelles de commettre « des atrocités » contre les agents de l’État ou des civils et de se livrer au recrutement forcé massif d’enfants dans ses rangs. « Les miliciens sont dans leur majorité des mineurs enrôlés localement à travers des pratiques mystico-religieuses », affirme l’organisation. Lundi, le chef d’état-major a rapporté que les rebelles ont massacré 39 gendarmes après une embuscade. Le pouvoir central, accusé d’user de la force « de manière disproportionnée », est tout aussi critiqué. « C’est une révolte classique, une jacquerie. Un mouvement rural, qui a pour point de départ des problèmes locaux mais qui entre vite en collision avec la scène nationale », détaille Thierry Vircoulon, chercheur à l’Ifri.

     

    Les insurgés exigent aujourd’hui le départ du président Joseph Kabila, dont le mandat s’est officiellement terminé le 19 décembre. Cette revendication trouve d’autant plus d’échos que les Kasaï sont un fief de l’opposant de toujours de Kabila, Étienne Tshisekedi, mort en février. Ce décès inattendu a aggravé la crise politique, au point que l’Église catholique, qui tentait une médiation pour trouver une possibilité d’organiser une élection, a claqué la porte mardi. Des diplomates soupçonnent le président d’instrumentaliser voire d’attiser les révoltes, notamment celle de Kamwina Nsapu, pour rendre tout vote impossible. « Difficile dans ce cas de faire la part des choses entre l’inefficacité historique des FARDC et le cynisme de Kabila », explique Thierry Vircoulon.

     

     

    Source :lefigaro.fr 30mars 2017


    6 commentaires
  • troubles au kasai

     

    RDC : la police accuse des rebelles d'avoir massacré 39 agents

     

     

    Kinshasa - La police congolaise a accusé lundi une rébellion d'avoir massacré 39 de ses agents au Kasaï, région du centre de la République démocratique du Congo en proie à la violence depuis plus de six mois.

    Cette accusation survient à deux jours d'un vote prévu au Conseil de sécurité de l'ONU sur le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo (Monusco) - la plus grosse force de maintien de la paix onusienne au monde (très peu présente au Kasaï), alors que la situation de la RDC, en proie à une crise politique, sécuritaire, économique et sociale inquiète ses voisins et la communauté internationale. 

    Lundi, la fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a dit redouter que "la situation sécuritaire précaire qui règne en RDC" dégénère "très rapidement" et plonge "dans des violences généralisées" un pays dont la partie orientale reste également déstabilisée depuis des années par la présence de nombreuses milices. 

    Selon le colonel Pierre-Rombaut Mwanamputu, porte-parole de la police, 39 "vaillants policiers" seraient tombés vendredi matin dans une "embuscade" tendue par des miliciens Kamwina Nsapu à Kamuesha, à environ 75 km au nord-est de Tshikapa, capitale de la province du Kasaï. 

    Ils ont été "enterrés par leurs bourreaux dans une fosse commune", a ajouté l'officier dans un communiqué annonçant "que des dispositions urgentes ont été prises pour mettre définitivement un terme à l'insécurité qui sévit" au Kasaï "par la mise hors d'état de nuire" des partisans de Kamwina Nsapu. 

    Contacté par l'AFP dans la soirée en vue d'obtenir davantage de renseignements, le colonel Mwanamputu a indiqué ne pas pouvoir répondre dans l'immédiat, étant "en réunion". 

    La rébellion Kamwina Nsapu porte le nom d'un chef coutumier kasaïen entré en conflit avec les autorités provinciales et le pouvoir central et tué par les forces de l'ordre en août. Elle a été accusée par l'ONU de recruter des enfants et d'avoir commis de nombreuses atrocités. 

    En face, les forces de l'ordre se voient régulièrement reprocher par les Nations unies de faire un usage disproportionné de la force contre des miliciens armés essentiellement de bâtons et de lance-pierres. 

    Impasse 

    Depuis le début de la rébellion, les violences ont fait au minimum 400 morts. Mi-mars, la justice militaire congolaise a annoncé avoir arrêté sept soldats dans le cadre d'une enquête diligentée après la publication sur les réseaux sociaux d'une vidéo mettant en cause un peloton militaire dans un massacre présumé perpétré au Kasaï-oriental. 

    Partie du Kasaï-central, la province d'origine de Kamwina Nsapu, la contestation a contaminé trois autres provinces, sur fond de misère généralisée dans cette zone enclavée, largement dépourvue d'infrastructures, et acquise à l'opposant historique Étienne Tshisekedi (originaire du Kasaï), mort le 1er février pendant des négociations politiques destinées à sortir pacifiquement le pays de la crise provoquée par le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila

    Agé de 45 ans, M. Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter, est arrivé au terme de son second mandat le 20 décembre et reste à son poste en vertu d'un arrêt controversé de la Cour constitutionnelle. 

    Sous l'égide de l'Église catholique, majorité et opposition ont signé le 31 décembre un accord de cogestion du pays prévoyant le maintien au pouvoir de M. Kabila jusqu'à l'entrée en fonction d'un successeur devant être élu lors d'une présidentielle censée avoir lieu avant la fin de l'année, et la formation d'un gouvernement élargi dirigé par un membre de l'opposition. 

    Près de trois mois après la signature de l'accord, ce nouveau gouvernement n'a toujours pas été formé et la perspective de la tenue des élections dans le délai prévu par l'accord de la Saint-Sylvestre ne cesse de s'éloigner. 

    Lundi soir, les évêques catholiques qui assurent la médiation entre les deux parties (qu'ils accusent mutuellement de mauvaise volonté) ont constaté une nouvelle fois leur impuissance à les mettre d'accord, sans pour autant jeter l'éponge. 

    "Les résultats obtenus sont loin de satisfaire les attentes de la population", a déclaré Mgr Marcel Utembi, président de la Conférence épiscopale nationale congolaise (Cenco), en constatant "l'impasse politique [des] discussions" après un nouveau cycle de négociations infructueuses. 

    Source :AFP

     

     


    2 commentaires
  • médicaments falsifiés

     

    Plus de 1000 «fausses méningites» en RD Congo à cause de médicaments falsifiés

     

     

    Plus de 1000 patients ont été victimes d’un médicament falsifié ou mal étiqueté en République démocratique du Congo, dont une majorité d’enfants. Onze personnes sont mortes.

    En décembre 2014, plus de mille habitants du district d’Ituri, en République démocratique du Congo, furent victimes d’une étrange épidémie: des spasmes dans le cou interprétés comme des raideurs firent penser à une épidémie de méningite. Mais l’épidémiologie ne correspondait pas, et les autres symptômes cliniques de la méningite, notamment la fièvre, étaient absents. Parmi 83 patients chez qui le doute subsistait, une ponction lombaire fut réalisée: la bactérie Neisseria meningitidis, responsable de la méningite, ne fut retrouvée que chez 4 d’entre eux. C’est en regardant des vidéos de patients et en notant des troubles moteurs (dystonie) du tronc et de la face que des neuropédiatres soupçonnèrent une intoxication…

    Au total, 1029 personnes furent hospitalisées entre décembre 2014 et août 2015 pour des dystonies ou des cas suspects de méningite, relatent dans le Lancet. Plus de 60% des patients étaient des enfants âgés de moins de 15 ans. Les dystonies sont rarement mortelles, précisent les auteurs, mais sont source d’inquiétude, de panique et de honte. Lors de cette épidémie, 11 patients décédèrent, dont 5 âgés de moins de 5 ans.

     

    Un antipsychotique 20 fois trop dosé

     

    Quel mystérieux produit avait bien pu provoquer cette épidémie? Des analyses toxicologiques de l’urine de 9 patients, et de 39 médicaments disponibles en pharmacie ou dispensés par un centre de santé gouvernementale furent réalisées. Verdict: de l’halopéridol, un neuroleptique antipsychotique, fut détecté dans tous les échantillons d’urine et dans 9 comprimés jaunes présentés comme contenant du diazépam, un anxiolytique de la famille des benzodiazépines fréquemment délivré dans la région, notent les auteurs, «pour traiter un large champ de maladies contre lesquelles le diazépam ne devrait pas être utilisé» («des troubles du sommeil aux maux de tête, en passant par le paludisme», précise le Dr Nicolas Peyraud, premier auteur de la publication, dans un communiqué de Médecins sans frontières).

    La dose moyenne par comprimé était de 13,1 mg d’halopéridol, soit «20 à 25 fois la dose quotidienne maximale recommandée pour un enfant de 5 kilos», écrivent les auteurs.

     

    Comprimés reconditionnés

    «Il est plus que probable que ces comprimés étaient des médicaments contrefaits, délibérément et frauduleusement mal étiquetés», dénoncent les auteurs. Les comprimés semblaient venir d’un laboratoire indien commercialisant officiellement de l’halopéridol, mais auraient été reconditionnés dans des bouteilles estampillées «diazépam» et vendus par un distributeur basé à Kampala (Ouganda).

    «Les systèmes de régulation médicale fragiles, des sanctions trop faibles, la corruption et des frontières poreuses rendent les populations extrêmement vulnérables aux médicaments toxiques ou sous-dosés», alertent les auteurs du Lancet, évoquant des «productions à échelle industrielle de versions falsifiées» des médicaments les plus utilisés.

     

    Contrefaçon

    Un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estimait ainsi en 2010 que parmi 26 autorités de régulation sanitaires en Afrique, 14 «manquent de programme de surveillance qualité». En avril 2013, l’Organisation mondiale des douanes et l’Institut de recherche anti-contrefaçons de médicaments opéraient une saisie record dans 23 ports africains: plus d’un milliard de produits avaient été saisis en 10 jours, «et en particulier 550 millions de doses de médicaments illicites potentiellement dangereux voire mortels». Les plus gros volumes avaient été découverts en République Démocratique du Congo et au Togo. Un an plus tôt, un rapport de l’organisation douanière estimait que près de 10 milliards de médicaments contrefaits étaient chaque année introduits sur le continent africain pour une valeur de 3,85 milliards d’euros. Les auteurs du Lancet espèrent que cette «épidémie» congolaise serve d’appel d’alerte à la communauté internationale.

     

    Source :Lefigaro.fr

     

     


    5 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique